30.07.2011

Juliette, chemin des Cerisiers

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 « Juliette, chemin des Cerisiers » est une réédition chez La Cause des livres du récit autobiographique de Marie Chaix publié une première fois aux éditions du Seuil en 1985 et qui a obtenu alors le Grand Prix littéraire du magazine féminin Elle.

« Juliette, chemin des Cerisiers » c’est avant toute chose l’histoire vraie de cette femme, Juliette, entrée comme « bonne à tout faire » au service de la famille de l’auteur en 1937 et qui, au fil du temps, au fil des ans, va devenir un membre à part entière de cette famille. Celle que l’on remarque pourtant à peine sur les photos de famille mais sans qui, justement, cette photo de famille n’en serait pas vraiment une si elle ne se trouvait pas dessus. Une personne indispensable non pas seulement de par sa fonction mais surtout par ses qualités d’écoute, de savoir partager, sa disponibilité. Une femme qui en oublie de vivre sa propre vie, de fonder sa propre famille parce que, pour elle, sa famille, c’est justement celle auprès de laquelle elle s’est mise au service et à laquelle elle voue un amour et une affection à toutes épreuves.

Juliette, Marie Chaix l’a toujours connue vivant chez elle, œuvrant pour le bien-être familial. Présente pour elle, du jour de sa naissance en 1942, Juliette continuera à lui prodiguer ses conseils et ses encouragements dans son désir d’écriture bien après que l’heure de sa retraite ait sonné. C’est à deux voix qu’elles rédigent ce magnifique récit. Juliette parle, raconte sa vie, sa perception des évènements familiaux, ses émotions grandes et petites, ses chagrins, ses peines parfois trop lourds à porter et qui ne lui font pas oublier sa position au sein de cette famille véritablement de « cœur ». Pendant ce temps, Marie écrit, évoque quelques souvenirs, rédige, se souvient encore, complète avec les mots de Juliette, lui rappelle certaines anecdotes, tout ce qui a fait le bonheur et la richesse de ces années vécues ensemble, côte à côte dans un quasi quotidien.

Au final, c’est un récit intime, truffé d’expressions personnelles, à l’émotion palpable et empreint d’une immense tendresse que nous offre Marie Chaix. Un texte doux, sensible et profondément humain qu’on prend grand plaisir à partager. Car la force indéniable de ce témoignage autobiographique ne se trouve pas dans sa lecture mais indiscutablement dans ce partage unique et authentique. Une superbe découverte…

 

 

 

 

 

13.07.2011

Des crêpes à l'eau

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Une belle plongée dans la littérature jeunesse avec ces « Crêpes à l’eau » de Sandrine Beau, illustré par Sandrine Kao, et paru chez Grasset Jeunesse dans la collection Lampe de Poche.

Depuis que ses parents sont séparés, Solène vit seule avec sa mère. Leur situation financière est loin d’être mirobolante, et cela d’autant plus que la mère de Solène tient à ne demander d’aide à personne et en particulier à son ex-époux. Alors les vêtements d’occasion qui durent, qu’on rapièce autant qu’on peut, les nouilles/jambon et autres crêpes pour lesquelles l’eau remplace le lait plus souvent qu’à son tour, la petite fille et sa maman connaissent bien !

Tout pourrait encore aller. Surtout que maintenant Solène peut compter sur le soutien et le réconfort de sa nouvelle amie Zoé qui est venue spontanément aux devants de la fillette « nouvelle » dans son école. Seulement tout n’est pas aussi simple. Evidemment. Malgré un salaire qui vaut ce qu’il vaut, la mère de Solène a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Et voilà qu’un soir, en rentrant l’une de sa journée d’école et l’autre de la sienne au travail, elles trouvent devant leur porte un homme sec aux yeux fuyants que la fillette surnomme d’emblée « Monsieur Cartable Préhistorique » ! Cet homme, vous l’aurez compris, est huissier. Et quand, en plus, vous saurez qu’il n’hésite pas à faire une proposition indécente et sournoise à la mère de Solène lui promettant ainsi l’assurance de l’arrêt de la mesure de recouvrement engagée à son encontre, vous serez d’accord pour trembler d’appréhension et de crainte aux côtés de Solène. Fort heureusement pour elle, son amie s’appelle Zoé et, malgré sa situation d’orpheline, elle a le plus courageux des papas. Et on peut alors compter sur Basile pour voler au secours de nos deux esseulées.

Avec un style simple et spontané, Sandrine Beau nous offre un texte superbe sur la précarité, la monoparentalité vécue au féminin, la solidarité et, bien sûr, l’amour juste ce qu’il faut. En quelques chapitres courts, on se laisse contaminer par cette écriture vive et empreinte d’une sincérité touchante et on applaudit avec enthousiasme à la solution radicale mais nécessaire que va proposer Basile. Les illustrations toutes en douceur et naïveté de Sandrine Kao sont là à point nommé pour nous attacher définitivement au destin de Solène et de sa mère.

Une magnifique histoire émouvante et sensible à mettre sans hésiter entre les mains de nos jeunes lecteurs à partir de 7 ans.

 

18.06.2011

Les cadavres n'ont pas froid aux yeux

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C’est à un incroyable scénario que nous convie Andréa H. Japp avec son nouveau roman « Les cadavres n’ont pas froid aux yeux » paru aux éditions Marabout. Incroyable et néanmoins passionnant par la qualité du style, du rythme et de la finesse d’analyse psychologique dont nous abreuve l’auteur.

Hélène Audibert est chercheuse. Et cela n’est pas un vain mot, loin de là ! Quelle n’est pas sa surprise en effet un beau matin en arrivant dans son laboratoire, le jour 1, de trouver la tête de son collègue Stéphane Lambin déposée sur son plan de travail. De quoi vous mettre de suite dans l’ambiance ! Même si ce collègue n’en avait que le nom et qu’il se comportait plutôt comme un fieffé personnage. Bien sûr cette découverte macabre déclenche aussitôt l’ouverture d’une enquête policière. Laquelle est confiée à l’inspecteur Levasseur, pas très diplomate et au caractère assez belliqueux. D’autant plus que plusieurs indices tendent à incriminer Hélène tandis qu’un deuxième, puis un troisième meurtre sont perpétrés au sein même du laboratoire. Les jours se suivent, comptés par l’auteur, et avec eux leur lot de petits (ou plus grands) évènements renforcés par des surprises pas toujours très agréables, loin s’en faut ! Car l’enquête ne coule pas de source ! Et de nombreux éléments restent bien mystérieux, surtout au regard de la profession d’Hélène.

Cherchant à la fois à prouver son innocence et à comprendre pourquoi ces crimes ont été commis, la jeune femme en appelle à l’aide de ses cinq amies, fidèles et inséparables, pour tenter de déjouer la folie meurtrière de l’assassin, à ses propres risques et périls.

Maniant l’humour et le sens du suspense à merveille, Andréa H. Japp nous offre ici un roman des plus savoureux. Celle que d’aucuns ont surnommé, avec raison, la « reine du crime française » poursuit son entrée dans le monde léger et corrosif de ce genre littéraire à part entière qu’est la « chick litt » (une entrée débutée il y a deux ans avec « Cinq filles, trois cadavres et plus de volant » également paru chez Marabout) en y associant ce qu’elle sait faire de mieux : écrire des thrillers psychologiques. Pour un résultat des plus surprenant et passionnant et une offre de lecture sourire des plus appréciable !

 

10.06.2011

Mon fils, son cancer et moi

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Il n’existe rien de pire pour des parents que de voir souffrir leur enfant. Et encore plus lorsqu’à cette souffrance s’incruste l’idée, pour les parents, que leur enfant, celui qu’ils ont conçu, porté et élevé dans le plus tendre des amours, est mortel et peut mourir. Cette souffrance, cette douleur quotidienne que nous confie ici Sandrine Coucke-Haddad dans ce texte témoignage « Mon fils, son cancer et moi » paru aux éditions Kirographaires, ce sont celles vécues avec son fils Alexis atteint d’une tumeur au cerveau à l’âge de 13 mois.

C’est en septembre 2001 en effet que Sandrine, journaliste pour la presse sportive et de loisirs, apprend que son petit garçon souffre d’un cancer récidivant : opération d’urgence, premières chimios… tout s’enchaine rapidement sans qu’elle et son époux, Slim, aient vraiment le temps de comprendre ce qui arrive à leur enfant et leur famille en même temps. Et encore plus quand, croyant que le pire est derrière eux, la nouvelle d’une récidive leur est assenée comme un ouragan supplémentaire qui dévaste tout sur son passage. L’effet d’une bombe est tel que les évènements du 11 septembre 2001, la participation de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections présidentielles de 2002 effleureront à peine Sandrine. C’est dire !

Avec une émotion palpable mais sans aucune sensiblerie, la jeune femme nous livre ici un récit témoignage des plus intime et empreint d’une sobriété exemplaire. L’annonce de ce que les médecins appellent pudiquement « la maladie », l’organisation familiale entièrement pensée autour d’Alexis, le courage impressionnant de celui-ci dans sa capacité à supporter des traitements extrêmement lourds, la deuxième grossesse de Sandrine qui accouchera le jour anniversaire des deux ans d’Alexis, sa volonté imparable à ne pas se laisser entrainer dans un pessimisme dévastateur, son espoir inébranlable dans une guérison qu’elle appelle de tout son cœur de mère, la jeune femme nous livre tout ceci avec une force de caractère face à laquelle on ne peut que s’incliner. Ses mots sont justes, percutants et sincères. Ce texte, c’est le cri de douleur d’une mère, la souffrance d’un enfant et le désir puissant d’une famille avide de se retrouver et de vaincre ce crabe insidieux venu s’incruster dans son bel univers.

« Mon fils, son cancer et moi » un témoignage choc sur ce que vivent toutes ces familles touchées de plein fouet par la maladie de leur enfant.

 

05.06.2011

Le gantier de Jourgnac

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Encore un très beau portrait de femme que nous livre ici Sylvie Anne paru chez Calmann-Lévy dans la collection France de toujours et d’aujourd’hui, et en cette journée de fête des mères nous ne pouvions pas faire autrement que de le présenter.

La première guerre mondiale est tout juste terminée lorsqu’Anselme Peyrat gantier à Jourgnac dans le Limousin meurt brutalement laissant sa famille dans la tristesse et la consternation. Alors que personne ne s’y attend, son testament révèle qu’Anselme a légué sa ganterie à sa fille, Lucie, âgée d’à peine 20 ans, qui doit alors surmonter son chagrin et prendre la direction de l’atelier. Mais cela ne va pas sans peine ! En effet, outre le fait qu’elle devient aussitôt la cible des pires cancans de la part des villageois qui ne voient pas du tout d’un bon œil le fait que la ganterie soit menée par une si jeune femme avec, en plus, aussi peu d’expérience dans ce domaine, sa propre mère ne lui apporte aucun soutien et, même pire, la rejette carrément.

N’écoutant alors que son courage, son amour filial et sa volonté à démontrer à tous sa capacité à assurer une telle fonction et surtout à la gérer au mieux dans l’intérêt de tous les ouvriers.

Faisant face également à des souvenirs ressurgis inopinément de son passé, pourtant pas si lointain, Lucie ne va pouvoir compter que sur elle-même et sur sa force de caractère pour montrer à tout son village qu’elle a amplement mérité cet héritage.

Dans un style troublant de sincérité et à l’émotion surprenante, Sylvie Anne nous entraine à la suite de Lucie et de son abnégation totale avec une aisance qui n’en finit pas de nous troubler et de forcer notre admiration. On ne peut que s’incliner en effet face à tout ce que Lucie est obligé de subir de la part de ses voisins et prétendus amis, rongés de jalousie, d’une part, et de sa propre mère d’autre part. Il en faut du caractère pour parvenir à s’émanciper d’une emprise maternelle qui n’a absolument rien d’affectif mais au contraire révèle un aspect fort peu agréable de l’âme humaine. Il en faut de la volonté pour, chaque jour, se remettre en question et remettre sur le tapis sa détermination à avancer coûte que coûte et à démontrer à tous qu’on est capable d’administrer une entreprise, et cela d’autant plus quand on est jeune, une femme, peu expérimentée et qu’on vit au début des années 1920 !

Avec une tendresse indéniable pour son héroïne, Sylvie Anne nous laisse aller à la rencontre de cette jeune femme passionnée et hors du commun dont elle nous desse un portrait haut en couleurs pour notre plus grand bonheur de lecteur.