06.12.2009

Allez au diable Vauvert

Allez au diable vauvert.jpg

Difficile de parler de ce roman d’Isabelle Blondie paru aux éditions D’un Noir Si Bleu tant son sujet est délicat et nous perturbe plus que ce qu’on aurait pu l’imaginer au départ.

Ce roman nous narre l’histoire liée de trois femmes : Véronique, Céline et Laure. Dés les premières lignes, Céline nous apprend le suicide de sa meilleure amie Véronique et partage son désarroi, son incompréhension face à ce geste irréversible et surtout le mépris dans lequel elle tient la famille de Véronique et en particulier sa mère qui, aux dires de Céline, n’a jamais fais l’effort de comprendre sa fille. D’ailleurs quand celle-ci lui propose, après les funérailles, d’emporter un souvenir de Véronique, elle ne voit même pas que Céline prend le journal intime de son amie.

Ce journal, Céline ne sait pas comment l’aborder. Doit-elle le lire ? Véronique ne l’a-t-elle pas laissé à sa vue intentionnellement ? Ne prend-elle pas un risque immense à pénétrer ainsi dans l’intimité de son amie ? Lorsque le besoin de comprendre arrive à dépasser toutes ces interrogations, Céline va alors découvrir que, même si son amie était malade et se savait condamnée, ce n’est pas ce qui l’a décidé à se donner la mort. Non, ce qui la rongeait de l’intérieur et lui causait mille souffrances, c’est l’amour qu’elle ressentait pour Céline. Un amour non partagé puisque Céline était et reste toujours attirée par les hommes, passant de l’un à l’autre avec une légèreté terrible à supporter par Véronique.

Au fur et à mesure de l’avancée de ce roman, on fait aussi connaissance avec Laure, petite sœur de Véronique, qui, à 18 ans, a décidé de consacrer sa vie à Dieu et s’apprête à entrer dans un couvent en Italie sans en avoir dit le moindre mot à sa famille.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans cette histoire dont je n’arrivais pas à cerner la trame et l’orientation qu’Isabelle Blondie souhaitait lui apporter. Certes la disparition tragique de Véronique, l’émotion forte et tangible de Céline me bouleversaient. Mais un sentiment trouble que je n’arrivais pas à nommer me perturbait dans cette lecture sans que j’en comprenne les raisons. En fait l’écriture d’Isabelle Blondie, par petites touches successives, douce et forte en même temps, crée cette atmosphère tantôt lourde et oppressante, tantôt riche d’espoir et de vie nouvelle. Ce journal intime de Véronique constitue un pont entre les trois jeunes femmes. Pourquoi Laure, qui prétend l’avoir lu avant que Céline ne s’en empare, en a-t-elle effacé les dernières phrases ? Que craignait-elle vraiment ? Et Céline, que veut-elle prouver et se prouver ? Sans vouloir dévoiler quoi que ce soit de plus sur ce roman à la sensibilité exacerbée et doté d’une lumière si particulière, je peux simplement dire que ce texte est d’une qualité remarquable tant d’un point de vue purement littéraire que par son sujet traité avec une grande pudeur. L’amour au féminin, l’amour divin y sont abordés sans ce côté un peu voyeur, un peu moqueur, quelquefois malsain, et c’est magnifique.

 

Ce roman fait partie de la sélection 2009 du Prix du Meilleur Roman lesbien.

 

21.11.2009

Ma première histoire d’amour

ma première histoire d'amour.JPG

Un très bel album que ce « Ma première histoire d’amour » de Yvonne Le Hen et Floàfleur paru chez Océan Editions. Dans le cadre magnifique et enchanteur de l’île de la Réunion, le jeune Lucas, surnommé affectueusement Badou par ses proches, vit des jours paisibles entre sa vie d’écolier et les jeux avec ses copains. Jusqu’au jour où sa vieille voisine accueille pour quelques temps la petite Noémie, dont la maman s’apprête à mettre au monde le petit frère. Sous le charme de la petite fille, Badou va se sentir rongé de timidité, ayant grande envie d’approcher la jolie Noémie tout en craignant fortement de le faire ! Heureusement, celle-ci va oser franchir ce premier pas en lançant par-dessus le mur qui sépare les deux maisons voisines une belle mangue bien mûre ! La glace étant rompue, les deux nouveaux amis vont se retrouver tous les jours pour jouer ensemble et revivre, à leur façon et à travers des rôles de composition imposés par Noémie, l’histoire magique de « La Belle au bois dormant ».

Sur des illustrations naïves et empreintes d’une belle douceur de vivre de l’artiste peintre et professeur de français Floàfleur, les mots de Yvonne Le Hen, également enseignante, s’impriment en nous comme autant de petits bonheurs mis côte à côte avec sensibilité et une grande pudeur. L’émotion du jeune Badou, ses premiers émois amoureux nous sont contés par petite touches successives, passant de l’émoi de la première rencontre aux doutes et aux tentatives infructueuses du garçon pour attirer l’attention de sa belle, jusqu’aux grandes joies de ces heures vécues ensemble à recréer par le jeu l’histoire de la princesse Aurore réveillée au bout de cent ans par le baiser de son prince charmant.

Une belle histoire d’amour, la première, celle dont on garde à jamais le souvenir précieux au fond de son cœur, à offrir en lecture à tous, petits et grands !

 

15.11.2009

Il nous reste si peu de temps

Il_ns_reste_si_peu___.jpg

Encore une histoire qui se passe pendant la deuxième guerre mondiale mais, abordée ici par Dominique Marny, en Touraine, dans le beau département d’Indre et Loire qui fut, rappelons-le, un de ceux que traversait la ligne de démarcation.

Alternant les séjours de Rose entre Paris et la Touraine, ce « Il nous reste si peu de temps » paru dans la collection Terres de France des Presses de la Cité débute au printemps 1939. Rose est la jeune épouse de Bertrand, important imprimeur parisien dont la famille possède une riche propriété, Indryade, dans la région de Tours et qui se passionne pour le dessin et l’illustration. Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, Bertrand est enrôlé dans l’Armée française et, très vite, porté disparu. Partageant les mois qui suivent entre ses séjours parisiens (où Bertrand viendra bientôt lui annoncer son engagement dans l’armée de l’ombre du Général De Gaulle) et Indryade, Rose va alors faire la connaissance de Lluis, réfugié catalan qui a fui l’Espagne franquiste avec sa jeune épouse et leur petite fille. Si leur installation à Loches en zone libre les protège pendant quelques temps, leur situation devient très vite critique lorsque toute la France est occupée.

Avec ce « Il nous reste si peu de temps », Dominique Marny nous offre une lecture passionnante où l’histoire va crescendo pour finir en point d’interrogation. Suivant le rythme des mois et des saisons, l’auteur installe ses personnages et recrée à merveille le climat de doutes et de suspicion lié à cette période. Face à l’occupation allemande, les caractères se révèlent, qui dans sa loyauté à la France libre, qui dans son dessein obscur de tirer parti de la présence de l’occupant. Par faiblesse ou plus sournoisement, les destins s’installent, chacun faisant au mieux avec ce qui lui est accordé. Au côté de Rose, on découvre l’horreur des déportations vers des destinations alors inconnues. Lorsque la rafle du Vel d’Hiv’ est évoquée, on ne peut qu’applaudir la réaction de la jeune femme. De même on comprend ses interrogations face à la nécessité de cacher la situation de son mari aux yeux de ses proches et les merveilleux instants de bonheur qu’elle va connaître auprès de Lluis.

Le roman s’achève brutalement au cours de l’été 1943. En soi, l’histoire semble terminée. Est-ce bien le cas ? Seule, Dominique Marny connaît la réponse. Nous, lecteurs, ne pouvons qu’espérer en une suite plus que bienvenue…

 

06.11.2009

Absences

Absences2.jpg

Ce recueil de nouvelles de Corine Pourtau est une réédition de « Absences » paru sous le même titre en 2006 chez D’un Noir Si Bleu et complété de trois nouvelles publiées sous la forme d’un livret carte postale.

Si l’auteur a apporté certaines modifications sensibles et agréables à la première mouture, cela ne constitue qu’un plus bien agréable et une lecture différente mais toujours aussi enthousiasmante. On prend plaisir en effet à retrouver ces textes qui nous ont déjà tant plu et la découverte des nouvelles histoires imaginées par Corine Pourtau nous surprennent autant qu’elles nous émeuvent.

« Un jardin à Nishâpur » nous entraîne à la rencontre de Parvaneh et de son amour inconditionnel pour sa terre, ses vignes, son vin, transmis par un grand-père tendrement chéri. Même le passage de la vie avec ses petits bonheurs et ses grands drames n’altère en rien la puissance de ses origines et la fierté toute légitime et à son honneur qui en découle.

L’ironie de « Discrétion assurée » ne nous échappe pas et nous fait toucher du doigt de manière sensible et quelque peu cruelle l’incommunication qui s’installe parfois au sein d’un couple uni depuis de nombreuses années et qui a perdu l’habitude de se parler.

Quant à « Santé ! », cette troisième nouvelle « nouvelle » nous met face à l’absurdité de certaines situations liées apparemment au hasard mais qui finalement sont bel et bien le résultat d’une accumulation de faits, des actes manqués, dont on ne tient pas toujours forcément compte.

Ces trois nouvelles ajoutées à la première présentation de ce recueil « Absences » complètent à merveille les huit histoires d’origine. Comme celles-ci, elles nous mettent en présence de personnes confrontées à des situations qu’elles ont initialement créées sans s’en douter vraiment ou bien sans en envisager toutes les conséquences. Les sentiments humains y sont bien représentés et on ne peut que s’attacher à tous ces personnages. L’écriture sensible et soignée de Corine Pourtau contribuant à nous les rendre attachant envers et malgré tout !

 

23.10.2009

Et je fais quoi, moi, maintenant?

9923_1166199128569_1635637262_418198_2542896_n.jpg

Dernière publication des éditions Quadrature, « Et je fais quoi, moi, maintenant ? » est aussi, et surtout, le premier recueil de nouvelles de Jacqueline Daussaint. Et quel recueil !

Il paraît que l’auteur a exercé plusieurs métiers : institutrice, libraire, lectrice en maison de repos, conteuse et tout cela successivement et en complément à son statut de « maman ». De quoi se forger une expérience des plus confortable et développer la plus fine analyse des comportements humains… qui s’épanouit pleinement dans ces quatorze nouvelles où chacun des personnages principaux regorge de justesse et de sincérité.

Bonne sœur centenaire (Cent ans et plus), femme adultère coincée dans son rôle d’épouse (Confitures maison), Septuagénaire handicapé et carrément libidineux laissé pour compte (Des miettes sur la table) ou même quinquagénaire amourachée sans le savoir de son futur gendre (Le Pam Pam Club), toutes ces personnalités (et les autres) se retrouvent à un moment précis de leur existence confrontées à un brusque changement de direction. Voulu, ou pas. Accepté, ou pas. Mais toujours de manière complètement inattendue, voire parfois même très brutalement. Ce qui les oblige alors à revoir leur conception de la vie, à regretter ce qui visiblement ne pourra plus être, ou encore à se réjouir malgré tout face aux nouveaux horizons qui s’offrent à eux.

J’en veux pour preuve ce couple qui au bout de plusieurs décennies de mariage tente encore et encore de maintenir son désir aussi vivace que pour sa nuit de noces et qui se retrouve finalement dans la tendresse (Soixante-cinq boutons de nacre), ou cette pauvre Emma qui pour réveiller la libido de son cher époux n’hésite pas à se faire refaire les seins tout en comprenant à demi-mot que la porte ouverte à sa nouvelle amitié risque bien de briser tous ses espoirs d’amour retrouvé (La femme de Roger), ou encore ce veuf éploré qui reprend contact avec une ancienne petite amie et ne va pas hésiter à profiter pleinement de la vie de famille qu’il n’a pas pu fonder avec son épouse chérie (Sentier des Italiens).

Tous ces caractères, tous ces comportements, toutes ces nouvelles dégagent une émotion et une sensibilité particulières et démontrent d’une humanité complexe telle qu’elle est véritablement. L’écriture est belle, agréable et divertissante à souhait avec juste la petite pointe d’humour et d’autodérision que j’apprécie tant.

A présent Jacqueline Daussaint anime des ateliers d’écriture au sein de l’ASBL Aganippé. Je partage pleinement la chance qu’ont les personnes qui y participent…